Il était une fois un sage qui avait pour ami le fils du roi. Celui-ci lui donnait tous les jours un morceau de viande, une mesure de miel et un petit pot de beurre. Le sage faisait cuire le miel et la viande mais gardait beurre dans une grande jarre de terre suspendu à un crochet juste au dessus de son lit. Le beurre était très rare dans ce pays. Une fois, couché sur son lit, le sage réfléchissait en regardant sa jarre : « Elle sera bientôt pleine de beurre. Je vendrai le beurre et m'achèterai des poules. Les poules pondront, j'aurai des poussins qui à leur tour deviendront des poules. Je vendrai mes poules et m'achèterai une chèvre. La chèvre donnera du lait et j'en ferai du beurre que je vendrai. La chèvre aura aussi des petits, tout un troupeau. Je vendrai la moitié du troupeau et m'achèterai une vache, un cheval et un couple d'esclaves. Mes esclaves travailleront aux champs et me fabriqueront de beaux vêtements. Je m'en vêtirai et j'épouserai une belle jeune fille, la plus riche du monde. Nous aurons un fils qui fera ma joie car il sera intelligent et sage. Mais chaque fois qu'il ne sera pas sage, je prendrai mon bâton et le corrigerai comme cela? ». Et le sage saisit son bâton, le brandit et le coup frappa sa jarre de beurre. La jarre éclata et le beurre coula lentement sur la grosse tête du sage.
Maria Kosova

Au milieu de la forêt, sous la souche d’un vieux chêne déraciné, vivait un petit hérisson. Ses parents l’avaient appelé Kézako. A sa naissance, tous les hérissons étaient venus voir « l’étrange phénomène ». La pie leur avait bien dit : « venez donc voir ça, vous allez bien rire ! » en effet, beaucoup avaient ri et s’étaient moqués de lui. On n’avait jamais vu pareil hérisson : la nature avait voulu qu’il soit tout frisé ! Kézako était aussi gentil qu’il était frisé. Il était malheureux d’entendre ses frères à poil dur lui lancer : « Alors, Kézako le mouton, quand vas-tu bêler ? » ou alors : « Ma parole, il a mis des bigoudis ! ».
Ces paroles qui semblaient faire le bonheur de ses compagnons lui faisaient mal au cœur.
Un jour, ce fut la panique parmi le peuple des hérisson : Braco, le vagabond, était revenu avec un grand sac dans lequel il jetait les pauvres animaux destinés à la marmite. Déséquilibré par le poids du butin, Braco, le chauve, avait trébuché et perdu sa perruque.
Croyant la ramasser, il avait attrapé Kézako caché dans les herbes et l’avait posé sur sa tête. Kézako qui avait tout compris le griffa et le mordit tant et si bien que notre homme lâcha le sac en poussant d’affreux hurlements. Il s’enfuit à toutes jambes et ne revint plus jamais dans la forêt. Quand à Kézako, il fut traité en héros. Personne ne se moqua plus jamais de lui.
Son exploit fut raconté de génération en génération et le rêve de chaque famille hérisson fut d’avoir un petit tout frisé que l’on appellerait naturellement Kézako.
Eric Plaque



